Vie et mort du Madeleine Palace

 

 

Jean Verpault

Nous sommes arrivés à Tournus en 1931 : mes parents avaient acheté un café-restaurant que mon père avait baptisé « la Pergola »

la Pergola

car il avait fait construire sur l’entrée de la cour une petite pergola qui a longtemps été visible. Dans ce café-restaurant, mes parents organisaient beaucoup de banquets avec la paroisse de la Madeleine, les gymnastes qui venaient passer des concours, ainsi que les rassemblements des pompiers de la région.

 

 

J’ai vécu mon enfance dans cette ambiance, avec toujours beaucoup de monde et de nombreux amis. Le restaurant servait également de relais routier : les camions passaient par là, puisque la déviation de la nationale 6 n’existait pas encore. Il y avait d’ailleurs un autre restaurant pour les routiers – là où est l’Hôtel des Terrasses.

devant la Pergola

 

A cette époque, il n’y avait pas beaucoup de distractions : dans notre cour un jeu de boules était installé, ainsi qu’un jeu de quilles qui attirait beaucoup d’hommes le samedi et le dimanche. Je me rappelle d’un ramasseur de quilles, le père « la pipe », qui chantait des tas de chansons amusantes.

Pour augmenter le nombre de distractions, mon père a fait installer une première piste de danse en ciment, avec à chaque coin du carré un platane. Les fins de semaine, en été, l’établissement se transformait en guinguette, et on avait disposé des tables autour de la piste de danse. Bière et limonade coulaient abondamment…

Mais il fallait aussi se distraire pendant l’hiver : alors on a ajouté une piste couverte par un système de bâche le long du mur d’enceinte, du côté de la Saône. On chauffait avec des braseros, et la piste était toujours pleine. Devant le succès grandissant, mon père a décidé de faire construire le Madeleine Palace : d’abord un hangar métallique, puis un véritable bâtiment en 1934, là où il y avait des remises. La salle a été inaugurée en juillet 1934 par l’Harmonie Municipale de Tournus, dirigée par M. Léon Claveau, devant environ 4 000 personnes.

 

Côté rue, il y avait évidemment une porte d’entrée, tandis que côté cour les portes-fenêtres étaient amovibles, de façon à pouvoir aller facilement dehors l’été.

La vie du Madeleine Palace se développait régulièrement, si bien que, en 1935, mon père installait une cabine de projection de cinéma, avec un appareil révolutionnaire pour l’époque : on n’avait pas à arrêter au milieu du film pour changer de bobine! Mon frère Robert faisait fonctionner la cabine les vendredis, samedis et dimanches.

J’avais douze ans, et il m’arrivait souvent « d’oublier » l’école pour aller distribuer des prospectus dans les magasins, les restaurants, etc

Ca nous occupait bien ! Mon père trouvait que les gros paquets de prospectus diminuaient rapidement – je dois avouer qu’il nous arrivait d’en jeter dans la Saône…Le Splendid avait commencé à fonctionner avant nous, et la concurrence se faisait sentir. Les gens allaient beaucoup plus au cinéma que maintenant, et nous avions nos habitués, qui voulaient toujours être à la même place.

Puis ce fut le temps des tournées théâtrales, rendues possibles par une organisation bien rodée où l’on incluait Mâcon, Cluny et Louhans.

On avait à ce moment les tournées Baret, ainsi que des revues légères qui faisaient un peu dresser les cheveux à certaines personnes… Les critiques de journaux dénonçaient « la dépravation ».

Et puis est arrivée la guerre : à cause du couvre-feu, fini le cinéma, finis les bals. Mais, à partir de 1942, des tournées théâtrales ont repris avec des compagnies du sud de la France – les troupes parisiennes ne pouvant évidemment pas se déplacer à cause de la ligne de démarcation. Nous avons cependant eu des acteurs très connus : Marguerite Moréno, Armand Bernard, Pierre Dac, le tout jeune Maurice Baquet.

Mais la salle servait très rarement, si bien que mon père avait repris son ancien métier de frigoriste et avait bien de la place pour installer son matériel.

De temps en temps, on avait des convois de militaires allemands qui exigeaient de s’installer dans la salle. En 44, peu avant la Libération, des Mongols ont investi les lieux et ont un peu saccagé tout. Ils sont repartis en laissant le sol jonché de paille sur laquelle ils dormaient.

 

Le premier bal, celui de la Libération, a bien sûr eu lieu au Madeleine Palace avec des accordéonistes du coin. Malheureusement, des incidents (coups de feu) sont venus affoler tout le monde : des maquisards avaient repéré des Allemands qui essayaient de fuir.

Mon père a continué l’exploitation de la salle, puis il l’a remise en 48 à la société des cinémas de Tournus, qui venait de se créer, avec le Splendid Cinéma ( qui était dans l’église Saint Valérien)

le cinéma au Madeleine Palace (collection Jean Verpault)

les autres manifestations

Tous les ans, la ville organisait la fête des fleurs, et les gens se réunissaient par quartiers pour faire les fleurs en papier : le Madeleine Palace était alors ouvert à tout le monde, et chaque soir une cinquantaine de gens venaient et s’affairaient – ça, ce sont des souvenirs qui restent ! J’étais jeune (j’avais douze ou treize ans), mais je n’ai pas oublié l’ambiance, les monceaux de papiers qui partaient en fleurs puis en guirlandes. Toutes les rues étaient décorées, et on peut dire que les gens du quartier de la Madeleine ont beaucoup participé à ces fêtes.

Il ne faut pas oublier non plus l’importance des grands bals qui avaient lieu chaque année, organisés par les sociétés, avec chaque fois une salle comble.

 

 

Le Madeleine Palace est devenu la propriété de la ville de Tournus en 1951 (délibération du 24 mai 1951, M. le Docteur Privey étant Maire)

inauguration

la troupe Barrault Renaud

discours du Docteur Privey, maire

les personnalités

 

 

une salle archi comble

Photos : archives personnelles de Marguerite Thibert.

Merci à Maria et Jacques Thibert.

 

 

 

 

 

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