le quartier de la Madeleine raconté par Marie-Claude Terrier

 

 

Au début du XXème siècle,

le bâtiment de l’ancien couvent des Récollets est occupé par le tonnelier Kohler puis par les pompes Noel.

avenue du 23 janvier avant la déviation de la N6

Pour retrouver l’historique du lieu, se reporter à la vidéo sur les bâtiments patrimoniaux, dans la catégorie Patrimoine.

coopérative agricole et pont transbordeur

 

1956 le pont transbordeur et l’Harmonie municipale

Mes Récollets

souvenirs d’enfance de Marie-Claude Terrier (ce texte est paru dans le bulletin de la SAAST en 2003)

Les photos ont été prises en 2001 avant les travaux dans le bâtiment principal

Ce sont plus des souvenirs (ceux d’une petite fille) qu’un récit de « Mémoires». J’ai habité au Couvent des Récollets, dans le réfectoire des Moines, de 1951 à 1972 et j’en ai une vision toute particulière puisque c’était «chez moi» et j’y avais toutes mes marques, celles qu’un enfant peut laisser au hasard de ses jeux. Lorsque j’ai vu les pelleteuses en démolir une partie en 1991, ça a été un déchirement d’autant plus que, la même année, on faisait subir le même sort à «l’ancien lycée» dans lequel j’avais fait mes premières armes d’enseignante. La rentrée de vacances en 1991 a été un choc : la cour du cloître du couvent remplacée par un parking de supermarché et le lycée par un immeuble en béton. Dans une ville «centre international d’art roman» et attachée à la défense du patrimoine! Je me souviens du premier jour aux Récollets. C’était par un jour gris de septembre 1951,

 

J’arrivais d’un petit hameau de la campagne bressane qui regroupait trois maisons. Nous avions traversé la Saône pour arriver en ville. Qu’est-ce que ça voulait dire « une ville» ? Les champs et les prés, mon environnement habituel, faisaient place à des rues, des maisons. Il y avait même des gravats.. Je crois que c’est mon plus ancien souvenir, j’avais quatre ans et je ne savais pas encore que je deviendrais une « vieille Tournusienne », ardent défenseur de cette petite ville qui me semblait bien grande à l’époque! Je me souviens du Réfectoire des Moines qui était le logement de fonction de mes parents au temps où les Récollets abritaient la Coopérative Agricole de la Vallée de la Saône.

le bâtiment principal de la coopérative agricole

 

trémie pour le moulin à grains

Certains  cultivateurs faisaient moudre à façon leurs grains, principalement du blé ou du maïs.

au 1 er plan le jardin, avec la grille à laquelle le marinier attachait son bateau en 1955

 

 

Sur le camion, le directeur de la coopérative au travail. Le bâtiment a été démoli pour laisser place au parking

 

l’auteur du texte avec un de ses amis…

 

 

Qui peut s’enorgueillir d’avoir vécu sous des voûtes romanes avec quatre mètres à l’apogée du plafond. Je me souviens de l’épaisseur des murs. Pour aller de la cuisine à la salle à manger, il fallait « traverser» un mur d’un mètre d’épaisseur. Pas question d’écouter les conversations de mes parents quand j’étais couchée! Je me souviens de la longueur du manche de la tête de loup. Les araignées prenaient un malin plaisir à tisser leurs toiles sous les voûtes et détruire les toiles était sportif…

 

de mémoire…

 

 

Je me souviens de la petite cour herbeuse du cloître dans laquelle j’élevais des escargots. Personne n’y allait jamais, ce n’étaient que des murs tout autour. Je me souviens des immenses caves voûtées où j’avais un peu peur d’aller chercher quelques pommes à la lueur d’une lampe de poche. Surtout qu’il fallait passer par le jardin: celui-ci avait vu tant de monde au cours des siècles qu’il aurait pu héberger un fantôme! Ces caves splendides, voûtées elles aussi, recevaient chaque année les eaux de la Saône: les moines n’avaient-ils donc pas pensé aux inondations ou bien est-ce la Saône qui changeait ses caprices? Mon père avait confectionné des tables à un mètre du sol pour protéger nos provisions, cela ne m’arrangeait pas vraiment dans mes emplettes.

Je me souviens de l’église des Récollets et des soucis qu’elle m’a causés. J’apprenais à l’école que les églises étaient bâties absides à l’est et voilà que l’église la plus proche était tournée abside au sud: les moines avaient-ils fait une erreur? Ce ne pouvait pas être mes professeurs qui se trompaient! Je me souviens de la « salle du Cardinal» datée de 1635 et tellement fascinante! J’ai toujours entendu dire qu’il s’agissait du Cardinal de Larochefoucauld: c’est lui qui a aidé à établir «un couvent de religieux de la plus étroite observance de Saint-François d’Assise, autrement dit Récollets, pour tenir le secours dont le peuple a besoin pour la fréquentation des sacrements» ; A.Bernard, en 1907, dans les annales de l’Académie de Mâcon, parle du Cardinal de Larochefoucauld, abbé et seigneur temporel et haut justicier de Tournus et dépendances ».

Or maintenant ne dit-on pas qu’il s’agit du Cardinal Fleury, celui du Pas Fleury, voire du Cardinal De Bouillon, celui qui a son portrait au musée de l’Hôtel-Dieu? Je laisse le soin aux historiens de faire une étude plus approfondie que la mienne,

le cardinal de Bouillon

mais, en 1951, personne ne doutait qu’il s’agisse du Cardinal François de Larochefoucauld. Pour entrer dans cette salle, il fallait prendre une clef d’au moins vingt centimètres, oeuvre d’art à elle toute seule. La salle était vide et poussiéreuse mais quel terrain de jeu! Sous le regard du Cardinal dont le portrait, dans un cadre ovale doré, trônait au-dessus de la cheminée, entre les murs recouverts de boiseries « dorées à l’or fin» (je m’imaginais qu’il y en avait pour une fortune n’ayant pas encore appris combien l’or est malléable), le jeu pouvait évoluer au fil des saisons puisque chacun des murs était peint: l’hiver accompagnait le cardinal sur le mur nord, le printemps déversait sa végétation sur le mur est, le mur sud voyait l’été et le mur ouest l’automne.

boiseries

 

 

 

Des enluminures, des angelots, des cornes d’abondance: quel spectacle! Il est vrai que c’était avant la télévision. Je me souviens de la serre devant la «salle du Cardinal» pleine de pierres poreuses et de recoins propices aux parties de cache-cache. Le seul souci était la pluie car les vitres étaient en partie cassées. Je me souviens, je me souviens ….

Je me souviens lorsque les ouvriers du quartier me chargeaient d’écouter les étapes du Tour de France à la radio pour leur communiquer au plus vite les échappées importantes. Cela me conférait une importance telle que je prenais mon rôle très au sérieux! C’est à cette époque que j’ai compris qu’on pouvait jouer avec les mots puisqu’un certain coureur ( j’ai oublié son nom à celui-là! ) était suivi « en général, De Gaulle» : ça m’a amusée longtemps! Pour les plus jeunes, il faut préciser que Charly Gaul était un fameux coureur dans les années cinquante. Quant au général de Gaulle, tout le monde le connaît, surtout dans la région: la Grange Gaulle à Loisy serait appelée ainsi en l’honneur de sa famille.

 

crue de 1955

 

Je me souviens des inondations de 1955: les caves étaient pleines, les magasins les plus à l’est aussi (et déplacer des tonnes de grains, ce n’est pas rien!) et les mariniers accostaient leur petit bateau à notre groseillier lorsqu’ils allaient faire des courses. Chaque matin, à l’école, chacun racontait « ses» inondations: la maîtresse avait trouvé là un bon moyen pour nous faire évacuer le stress.

Je me souviens aussi des « Saint-Philibert» : nous étions aux premières loges puisque le « parquet» s’installait en bas de la cour. Une année, j’ai recueilli une tortue qui est venue toute seule se réfugier dans le jardin (c’étaient des lots courants dans les loteries) et l’année suivante une cane, gagnée à une tombola gratuite: l’une et l’autre sont mortes des années plus tard, après une vie paisible dans le jardin aujourd’hui disparu.

De cette vie « dans un couvent», j’ai gardé l’amour du passé, des vieilles pierres, le respect du patrimoine quel qu’il soit. Que va devenir ce site des Récollets? Il est déjà bien bitumé par le parking du supermarché. Je me souviens pourtant combien il avait été difficile d’obtenir l’autorisation de creuser un silo à grains parce que le site était classé et qu’ il y avait un cimetière extra-muros qui n’a sans doute pas révélé tous ses secrets. La grande distribution a eu plus de poids que les paysans de la coopérative: démolition et bitumage n’ont pas traîné! Ce n’est pas seulement par nostalgie que je déplore ce qui est advenu mais par souci de préserver le patrimoine.

 

2001

 

Tournus s’enorgueillit, à juste titre, de son Abbaye et de ce qui gravite autour, Tournus a pris conscience du patrimoine de l’Hôtel-Dieu et en a fait un magnifique musée qui abrite les œuvres d’artistes tournusiens célèbres qui deviennent ainsi autre chose que des noms de rues.

Tournus va-t-elle laisser ce qui reste des Récollets à des promoteurs privés? Ce serait dommage! C’est vrai qu’un important travail de restauration s’imposerait mais on pourrait faire là de bien belles choses pour le bénéfice de tous. Une Résidence «des Récollets» aurait, bien sûr, beaucoup d’allure mais seuls les résidents en profiteraient. Si j’avais gagné au loto (. mais je ne joue pas), j’aurais acheté les Récollets pour y faire des salles publiques, aménager les caves pour les jeunes, etc. Mais, avec des si, Qu’en pensent les moines? Rien ne peut plus les effrayer depuis la Révolution! Ce site a déjà beaucoup souffert et ce ne sont pas les souvenirs d’une petite fille qui peuvent empêcher le temps de faire son affaire!

A Tournus, le 10 novembre 2003

évolution du lieu

quartier de la Madeleine avant les démolitions

 

années 1950

 

 

 

1991

2001

chapelle en 2001

 

2006

2017

 

souvenir…

Je me souviens….

 

Je suis arrivée à Tournus en 1951, j’avais 4 ans. Je venais de la campagne, un tout petit hameau avec 3 maisons et…3 mares aux grenouilles (Il y a maintenant une dizaine de maisons et plus trace d’aucune mare !).

L’arrivée dans la cour de l’avenue du 23 janvier, dans ce qui avait été les Pompes Noël, est le premier souvenir que je peux dater. Il y avait des gravats partout …. Je n’avais jamais vu ça.

Pour ce qui est des commerces, il y en avait beaucoup et on faisait les courses dans son quartier.

A l’angle de la rue Emile Jaillet et de l’avenue du 23 janvier, il y avait l’épicerie du Guste et de La Dovie. Il s’appelait Auguste et elle s’appelait Ludovie. On disait que c’était elle qui portait le pantalon…. Pour une petite fille c’était bien étrange, à cette époque là les femmes portaient peu le pantalon….

Ils n’avaient pas d’enfants et je les aimais bien. J’allais seule faire les courses ce qui est devenu impensable ! D’ailleurs j’allais à pied toute seule à l’école : y avait-il moins de risque qu’au XXIème siècle ?

Chaque année à Tournus, il y avait un concours de vitrines. Cela dynamisait la ville et on y allait en famille, c’était pris très au sérieux. Aux alentours de 1955, le concours était « les chansons ». La Guste m’avait demandé mon baigneur car elle illustrait « les roses blanches ». Mon poupon avait un beau pyjama jaune et on lui a confectionné des roses blanches en papier crépon (comme celles qu’on faisait pour les chars de la fête des fleurs, je crois que je saurais encore…). Motus et bouche cousue ! Il ne fallait surtout rien dire, même aux bonnes copines.

 

 

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