le quartier de la Madeleine raconté par Pierre Grébert

le quartier avant la seconde guerre mondiale

avenue du 23 janvier avant la déviation de la N6

La déviation de la N6 a été réalisée juste avant la seconde guerre mondiale, à travers les jardins de l’esplanade.

Pierre Grébert

Il y avait le quartier de la Madeleine et le quartier de l’Abbaye : le quartier pauvre et le quartier riche…

Dans toutes les petites rues de la Madeleine, on rencontrait beaucoup de gens pauvres : des ramasseurs de peaux de lapin, des chiffonniers, des ramasseurs de ferraille, des charbonniers qui passaient avec leur char dans la rue le matin pour livrer leurs sacs de charbon dans les étages… On trouvait aussi des tonneliers, un réparateur de vélos sur la place du Petit Jour, une tricoteuse (dans la rue Tilsit) qui avait déjà une machine mécanique, des repasseuses. Dans l’Avenue du 23 Janvier il y avait un atelier de repassage où l’on voyait les femmes repasser toute la journée, chauffées l’hiver par un gros poêle placé au milieu de la pièce. Ce poêle à charbon servait aussi, bien sûr, à chauffer les fers à repasser. Dans cette période, les cols amidonnés existaient encore, et, les veilles de mariage ou de première communion, c’était l’effervescence. Je me souviens d’avoir vu les robes de communiantes pendues et superbement repassées.

Dans le quartier de la Madeleine, les quais étaient très animés : sculpteur sur bois, matelassier, un marchand de vin (M. Gravallon) qui stockait ses tonneaux sur le quai, les lavait, les rinçait.

Le père Dauvergne avait une vache qu’il menait paître le long des quais…Les expéditeurs de volailles étaient très nombreux. Le matin, à partir de 4-5 heures, l’activité commençait avec le départ des marchands de volailles qui partaient faire leurs achats sur les divers marchés. Puis, au début de l’après-midi, un grand nombre de plumeuses « descendaient » dès que les marchands revenaient. Les locaux n’étant pas chauffés, les plumeuses apportaient chacune une petite chaufferette à charbon de bois qu’elles se mettaient sous les pieds

Parmi les principaux volaillers, on peut citer les Deschaux, les Dourneau, les Meunier ( à la place de M.Guichard marchand de sable), les frères Taillardat sur la place de l’ Esplanade.

 

 

Tous vendaient aussi des œufs et du beurre.

L’hiver, les volaillers allaient casser la glace sur la Saône (les hivers étaient beaucoup plus rigoureux que maintenant) et la conservaient très longtemps dans la sciure. Des glacières étaient installées, l’une à l’ancien couvent des Récollets, une autre dans la rue du Quatre Septembre.

Les enfants étaient nombreux dans le quartier : dans la rue Sornay il y avait de grosses familles, ainsi que Place du Petit Jour. J’étais moi-même issu d’une famille très nombreuse, et je me rappelle avoir fait du théâtre, des tombolas (on allait récupérer des bibelots chez les gens, où l’on était toujours bien accueillis, puis on fabriquait et vendait les billets…).

Les gens vivaient chichement, mais on se contentait de ce qu’on avait, et on était heureux…Nous, les enfants, nous nous retrouvions pour organiser des animations : par exemple nous fabriquions des billets de loterie et allions demander des lots aux commerçants. Ensuite, évidemment, nous procédions au tirage. Le soir on descendait sur les quais, on s’asseyait sur le parapet, on jouait à toutes sortes de jeux : jeux de mots, jeux de noms. A 10h-10h et demie les parents étaient obligés de venir nous chercher pour nous faire coucher ! L’ambiance était vraiment très bonne. On se racontait des blagues – évidemment, la télévision n’existait pas.

Les adultes se réunissaient aussi entre eux : l’été, ils sortaient leurs chaises sur le trottoir, et discutaient longuement. D’autres se promenaient et s’arrêtaient près de tel ou tel pour bavarder.

Le café du port était le rendez-vous de tous les mariniers. Au début du siècle les bateaux étaient tirés par des mulets. Le soir les hommes se retrouvaient devant un verre et faisaient du trafic de charbon, des échanges, et cela se terminait souvent par des bagarres, les hommes étant vite excités.

 

Plus tard, la vapeur est arrivée, et on voyait de véritables convois de péniches sans moteurs tirés par des remorqueurs ( il y en avait six : le Sphinx, la Licorne, le Minotaure, l’Abeille, le Frelon et le Centaure). La vie de ces nouveaux mariniers était très pénible, car ils avaient un travail comparable à celui des conducteurs de locomotives. Alors, eux aussi fréquentaient beaucoup les cafés du quai le soir…On assistait à de véritables rassemblements de mariniers.

On voyait aussi passer parfois, sur la Saône, des convois de bois flottant : ils venaient souvent des Vosges et étaient de très bonne qualité, du fait qu’ils avaient longuement séjourné dans l’eau. Chaque tronc était marqué, et on peut encore en retrouver dans certaines charpentes des maisons de Tournus : ce sont des poutres en sapin.

Aujourd’hui, tous les artisans ont disparu du quartier de la Madeleine.

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